En réunion, un manager répond : « Ça va, on s’organise. » À la sortie, il explique à un collègue qu’il ne sait plus quelle demande faire passer en premier. Cette scène fictive pose une question aux dirigeants et aux RH : que manque-t-il pour qu’une difficulté de travail puisse être dite à la bonne personne, avant que les échanges ne se tendent ? Il ne suffit pas de demander aux managers de parler davantage. Il faut préparer ce que l’organisation fera de leur parole.
En bref — comment faire émerger les non-dits des managers ?
Pour faire émerger les non-dits des managers, proposez un échange sur une situation de travail précise plutôt qu’un appel général à se confier. Clarifiez qui écoutera, ce qui pourra être partagé et qui pourra décider. Distinguez difficulté à formuler, arbitrage manquant et alerte sensible. Concluez par une réponse datée : parler ne doit pas devenir une demande supplémentaire sans suite.

Ne pas interpréter le silence
Un manager qui ne pose pas de question n’est pas nécessairement d’accord. Il peut manquer d’informations, attendre un autre espace d’échange ou considérer que la décision ne relève pas de lui. À l’inverse, un silence ne prouve pas qu’une tension existe. Commencez par vérifier, sans attribuer une intention ni demander à quelqu’un de révéler ce qu’il préfère garder pour lui.
L’angle proposé ici n’est pas celui du recadrage d’un collaborateur. Il concerne la manière dont une direction ou un service RH accueille les difficultés exprimées par ses propres managers. Notre article de référence sur la façon de traiter les tensions en présente le cadre plus large. Ici, le point décisif est la réponse apportée lorsqu’un manager signale un obstacle.
Trois phrases à rendre discutables
Les formulations suivantes sont des exemples fictifs, pas des témoignages ni une liste de pensées que l’on pourrait attribuer à tous les managers. Elles servent à préparer des questions sur le travail, sans organiser une séance de confidences imposées.
« Je ne sais pas ce qui est prioritaire »
Au lieu de répondre immédiatement « il faut mieux s’organiser », demandez quelles demandes se concurrencent, qui les a formulées et quelles échéances sont réellement confirmées. Le besoin peut être un arbitrage, pas un conseil de productivité. Une question possible : « Parmi ces engagements, lesquels ne peuvent pas être tenus ensemble dans les conditions actuelles ? »
La réponse attendue doit distinguer ce que le manager peut décider et ce qu’il doit faire trancher. S’il n’a pas autorité pour décaler une livraison, ne concluez pas l’échange en lui demandant simplement de prioriser. Nommez la personne qui peut choisir et le moment où cette décision sera prise.
« Je porte une décision que je ne comprends pas »
Vérifiez ce qui manque : la raison de la décision, son périmètre, les conséquences pour l’équipe ou les points encore ouverts. Demandez : « Quelle question de votre équipe ne pouvez-vous pas traiter aujourd’hui avec les informations reçues ? » Cette formulation permet de travailler un manque précis sans exiger une adhésion de façade.
Il peut être nécessaire de réexpliquer une décision, de corriger un message ou d’assumer qu’une réponse n’est pas encore disponible. Le manager n’a pas à inventer une justification pour remplir le vide. Convenez plutôt de ce qu’il peut dire maintenant et de la personne chargée de compléter l’information.
« Je ne veux pas devenir celui qui se plaint »
Ne cherchez pas à convaincre la personne qu’elle ne devrait pas ressentir cela. Précisez comment sa difficulté sera examinée : quels faits seront utiles, qui en aura connaissance et quelle réponse est possible. Vous pouvez proposer : « Nous pouvons regarder la situation sans juger votre engagement. Quelle décision vous aiderait à avancer ? »
Ne promettez pas une confidentialité absolue que votre rôle ne permettrait pas de tenir. Expliquez les limites avant d’entrer dans les détails, notamment si la situation nécessite de mobiliser un autre interlocuteur. La possibilité de différer ou de choisir un échange individuel doit rester ouverte.
Vos managers portent des difficultés qui restent sans réponse claire ? Nos formations en management permettent de travailler des situations concrètes. Échangeons sur le besoin, en distinguant les gestes à préparer des décisions d’organisation à prendre.
Ouvrir un espace sans forcer la parole
Pour un échange collectif, choisissez un objet limité : une transmission entre équipes, un changement de priorité ou une décision restée sans responsable. Annoncez ce que vous cherchez à comprendre et ce qui ne sera pas traité devant le groupe. Évitez les tours de table où chacun devrait obligatoirement exposer une difficulté personnelle.
Une consigne possible serait : « Prenons une situation récente où une demande de votre équipe est restée sans réponse. De quelle information ou décision aviez-vous besoin ? » Les participants peuvent travailler à partir d’une situation fictive ou ne pas intervenir. Ne demandez pas de nommer des collègues pour rendre l’exemple plus vivant.
Le rôle de l’animateur est de ramener l’échange aux conditions de travail : qui transmet, qui décide, ce qui manque, ce qui peut être testé. Ce n’est pas un espace pour diagnostiquer une personnalité, régler un dossier individuel ou rechercher publiquement un responsable.
Répondre avant de demander un nouvel effort
Exemple fictif : une responsable d’équipe explique que deux services lui demandent chacun une livraison pour le même jour. Une réponse trop rapide serait : « Merci pour votre franchise, nous comptons sur votre agilité. » Le sujet reste entier. Une autre réponse consiste à reformuler la contradiction puis à organiser l’arbitrage.
« Vous ne pouvez pas confirmer ces deux dates avec les moyens disponibles. Je vérifie avec les responsables concernés laquelle est maintenue et je vous réponds jeudi. D’ici là, ne prenez pas de nouvel engagement sur cette livraison. » Cette formulation n’est utilisable que si la personne qui la prononce peut réellement tenir ces engagements. Sinon, elle doit préciser à qui elle transmet la demande.
Un relevé court peut suffire : le problème de travail, la décision attendue, son responsable et la date de retour. Ne conservez pas de détails personnels inutiles. Si aucune solution n’est encore possible, revenez malgré tout avec une explication et une prochaine étape ; ne laissez pas le manager découvrir seul que son signalement n’a pas été traité.
Quand le dialogue ne suffit pas
Une difficulté persistante ne relève pas toujours d’un manque d’aisance à parler. L’INRS recommande de privilégier une prévention collective des risques psychosociaux, centrée sur le travail et son organisation. Il souligne aussi l’importance de protéger la parole dans cette démarche et de donner une suite aux analyses. Ce repère ne constitue pas une preuve d’efficacité de la proposition d’échange présentée ici.
Avant de proposer davantage d’entraînement individuel, vérifiez donc les responsabilités, les moyens et les arbitrages disponibles. Une formation ne remplace pas une décision sur la charge ou sur des demandes incompatibles. La ressource Agir sous pression complète cette distinction entre préparation personnelle et cadre de travail.
Si la discussion fait apparaître une atteinte à la santé, une menace, des violences ou un signalement sensible, ne poursuivez pas comme s’il s’agissait d’un exercice ordinaire de dialogue. Orientez la situation vers les interlocuteurs compétents de l’organisation et les dispositifs adaptés. Cet article ne remplace ni une démarche de prévention ni un traitement spécialisé.
Une question pour ouvrir le débat
Pour une discussion entre pairs, ou un futur échange sur LinkedIn, une question suffit : « Quand un manager nous dit que ça ne passe plus, quelle réponse concrète reçoit-il ? » Elle déplace le regard : il ne s’agit plus seulement de demander aux managers d’oser, mais d’examiner la responsabilité de ceux qui les écoutent.
Gardez cette discussion au niveau des pratiques. Ne publiez pas une conversation interne, un nom ou une situation reconnaissable. Vous pouvez comparer des réponses fictives : un encouragement sans décision, une demande de précisions, un arbitrage daté. L’objectif est de choisir une pratique à améliorer, pas d’organiser un procès des intentions.
Questions fréquentes
Faut-il demander directement ce qui n’est pas dit ?
Préférez une question sur une situation concrète. « Quel arbitrage vous manque aujourd’hui ? » laisse davantage de choix qu’une demande de révéler un non-dit. Acceptez qu’une personne ne souhaite pas répondre dans ce cadre et proposez, si nécessaire, un interlocuteur ou un moment différent.
Comment observer une suite utile ?
Vérifiez si la demande a un destinataire, si la date de réponse a été tenue et si le manager sait quoi faire ensuite. Ce sont des traces de fonctionnement, pas un indicateur de confiance acquis. Une réponse ponctuelle ne suffit pas à conclure que toutes les difficultés peuvent désormais être exprimées.
Relier parole et action
Le repère Eclevia est de rendre le travail managérial observable : une question posée, une décision clarifiée, une réponse tenue. Cette approche est développée dans Management en action. Pour avancer, choisissez une difficulté que les managers peinent à faire traiter et examinez le chemin de la demande jusqu’à la réponse.
Parlons de la situation que vous souhaitez travailler avec vos managers. Nous pourrons préciser ce qui appelle un entraînement au dialogue, un accompagnement ou un arbitrage préalable, sans promettre qu’une conversation suffira à résoudre une difficulté d’organisation.
Source et limites
INRS — Prévenir les risques psychosociaux : prévention, consulté le 30 octobre 2026. Cette source étaye les repères sur la prévention collective et les conditions de la démarche. Les scènes, questions et réponses de cet article sont des propositions pédagogiques fictives, sans donnée client ni résultat mesuré.



